|
Dictionnaire des cabalistes ________________________________________
Abraham Aboulafia - Bahir - Elia Benamozegh - Hayim Vital - Hayim de Volozhyn -
Isaac Louria - Joseph Caro - Joseph Gikatila - Moïse Cordovéro -
Moïse de Léon - Méir ibn Gabbay - Moïse Hayim Luzzatto - Zohar ________________________________________
BAHIR (Livre de la Clarté). Tel qu'il nous est parvenu, cet ouvrage qui peut être considéré comme le plus ancien livre de cabale, a été écrit vers la fin du XIIe siècle, probablement dans le Languedoc, à partir de sources provenant des piétistes judéo-achkénazes. Sa rédaction s'est effectuée par accumulation de strates successives. Il comporte près de deux cents paragraphes souvent très elliptiques, attribués à l'enseignement du rabbin Nehounia ben Hakana (Palestine, IIe siècle). La lecture symbolique des versets bibliques, décryptés à travers une grille de correspondance qui établit les rapports entre chaque énoncé et une composante du monde divin, est le principal sujet de ce écrit à bien des égard encore énigmatique. Il y est traité de la transmigration des âmes, de cosmogonie et de cosmologie, des anges, du Messie, de quelques pratiques cultuelles et des sacrifices dont la signification mystique est dégagée. La figure de la "fille de lumière", entité céleste détachée du monde d'en haut et venue ici-bas pour éclairer l'humanité, identifiée ici à la Chekhinah (la présence divine) de la littérature rabbinique classique et à la Sagesse qui inspira jadis le roi Salomon, occupe une place importante. D'un point de vue littéraire, on peut noter une procédure singulière : souvent, après chaque exposé exégétique ou théorique, une illustration sous la forme d'une parabole ou d'un bref récit est proposée, qu'il appartient au lecteur de décrypté et qui renferme non seulement une répétition imagée des propos qui viennent d'être tenus, mais qui constitue une sorte d'énigme supplémentaire à résoudre. La métaphore relance ainsi l'énoncé spéculatif ou doctrinal presque inintelligible et lui confère une portée qui va bien au-delà de son sens immédiat. Une édition critique de grande qualité a récemment été publiée par Daniel Abrams. ________________________________________
Moïse de Léon. Cabaliste castillan né en 1240 à Léon, mort en 1305 à Arévalo, il a été surtout connu pour la controverse sur le le Zohar dont la rédaction ou l'édition lui fut attribuée. Mais il a été un auteur fécond dont l'oeuvre hébraïque comprend plus d'une dizaine d'ouvrages. Son itinéraire intellectuel le conduisit à s'intéresser d'abord à la philosophie (Maïmonide, Aristote et le néoplatonisme) et à la mystique du langage dans laquelle il voit les fondements d'une ontologie hébraïque enfin indépendante de l'héritage grec. Mais il se tourne ensuite vers la théosophie par laquelle il pourra davantage encore s'affranchir des limites imposées à la pensée juive de l'époque par la vision du monde aristotélicien. Cette “théosophie” cabalistique comporte à la fois une contemplation des dix émanations divines ou sefirot et une pratique théurgique visant à exercer une influence sur elles. Outre le Zohar, plusieurs écrits pseudépigraphiques lui ont été attribués par la critique moderne qui reconnaît en ce cabaliste espagnol une figure singulière de l'histoire de la littérature religieuse. Douée d'une prodigieuse inventivité et d'une imagination hors paire, cet auteur est sans doute l'un des théosophes juifs le plus important du Moyen Âge. Plus que tout autre, il a développé une eschatologie de l'âme riche, complexe et audacieuse. Les peintures de la résurrection des morts qu'il compose dans ses écrits comptent parmi les plus détaillées que nous a léguées la littérature hébraïque médiévale. Bien qu'à titre d'auteur du Zohar (attribution toujours sujette à discussion), il ait bénéficié de l'intérêt des chercheurs, son oeuvre attend encore une monographie conséquente. Les écrits :
-
• Or Zarou'a, "La lumière semée" (vers 1274). Édition critique par A. Altmann, Qovez 'al Yad, n.s., 9, 1980, p. 219-293. • Sod ha-Etsba'ot, "Le secret des doigts", édité par Daniel Abrams dans sa thèse intitulée "The Book of Illumination" of R. Jacob ben Jacob ha-Cohen: A Synoptic Edition From Various Manuscripts, Ann Arbor, U.M.I., 1993. • Fragment sans titre. Ms. Munich, 47, fol. 335b-404b. • Chochan 'Edout, "La rose du témoignage" (1286). Édition critique par G. Scholem, Qovez 'al Yad, n.s., 8, 1975, p. 325-370. • Cheélot ou-Techouvot, "Questions et réponses". Cheélot ou-Techouvot be'Inyenei Qabbalah, éd. I. Tishby, Qovez 'al Yad, n.s., 4, 1950, p. 15-38 ; réimprimé avec des additions dans I. Tishby, Studies in Kabbalah and its Branches, I, Jérusalem, 1982, I, p. 36-75. • Sod Esser Sefirot Belimah, "Le secret des dix sefirot belimah". Édition critique par G. Scholem, Qovez 'al Yad, n.s., 8, 1975, p. 371-384. • Sefer ha-Rimon, "Le livre de la grenade" (1287), appelé aussi Sefer Ta'amé ha-Mitsvot ("Le livre des raisons des commandements"). The Book of the Pomegranate, édition critique par E. Wolfson, Brown Judaic Studies, Atlanta, Géorgie, Scholar Press, 1988. • Nefech ha-Hakhamah, "L'âme intelligente", appelé aussi Sefer ha-Michqal, "Le livre de la balance" (1290). Suivi d'une série d'explications de secrets des commandements (Sodot), Basle, 1608. Une nouvelle édition de cet ouvrage a été publiée sous le titre Sefer ha-Michqal, " Le livre de la balance ", édition critique par J. Wijnhoven, Ph. D. thesis, Brandeis University, 1964. • Cheqel ha-Qodech, "Le sicle du sanctuaire" (1292). Édité par A. W. Greenup, Londres, 1911, sous l'intitulé suivant : The Shekel-Hak-Kodesh of Moses de Leon, edited for the first time, with marginal references. Une édition critique annotée de cet ouvrage a été publiée par Charles Mopsik, sous le titre suivant : R. Moses de Leon, Sefer Sheqel ha-Qodesh, Los Angeles, Cherub Press, 1996. Une traduction française a été publiée par le même aux éditions Verdier, Collection Les Dix Paroles, Lagrasse, 1996. • Michkan ha-'Edout, "Le tabernacle du témoignage" (1293). Une édition critique est en préparation sous la direction de Paul Fenton. • Cha'ar Yessod ha-Merkavah, "Le portique du fondement du char". Une édition critique préparée par Michal Oron est annoncée aux éditions Cherub Press. • Maskiyot Kessef, "Les garnitures d'argent" (ap. 1293). Édité par J. Wijnhoven, M.A. thesis, Brandeis University, 1961. • Sodot (secrets) sur divers sujets, préservés dans Ms. Vatican 428 et Ms. Schoken 14. Un fragment concernant la physiognomonie en a été publié par Scholem dans Sefer Assaf, éd. Cassuto, Klausner, Guttman, Jérusalem, Mossad ha-Rav Kook, 1953, p. 492-495. • Commentaire sur la prière, redécouvert par Moché Idel, dont un passage a été publié par lui dans "À propos de la méditation de la prière des dix-huit bénédictions chez Rabbi Isaac l'Aveugle" (en hébreu), dans Messouot, Recherches sur la littérature de la cabale et la pensée juive dédiées à la mémoire du professeur Ephraïm Gottlieb (en hébreu), éd. par Mikhal Oron et Amos Goldreich, Mossad Bialiq, Jérusalem, 1994, p. 25-52. Écrits pseudépigraphiques attribués à R. Moïse de Léon, hormis le Zohar : • Tsavaot Rabbi Eliézer ha-Gadol, "Testament de Rabbi Eliézer le Grand". Dans Pirqé Rabbi Eliézer, édition Echkol, Jérusalem, 1973, p. 217-225. • Seder Gan Eden, "Agencement du jardin d'Éden". Édité par A. Jellinek, Beit ha-Midrach, vol. III, p. 131-140 ; trad. française dans le tome I de notre traduction du Zohar, p. 487-498. • Commentaire sur la prière 'Aleynou attribué à Haï Gaon . Édité par Elliot Wolfson, dans "Hai Gaon's Letter and Commentary on 'Aleynu : Further evidence of Moses de Leon's pseudepigraphic activity", The Jewish Quarterly Review, LXXXI, n. 3-4, 1991, p. 365-409. Écrits perdus mentionnés par Moïse de Léon : • Cha'aré Tsédeq ("Les portes de la justice"). Commentaire sur l'Ecclésiaste. • Sefer ha-Pardés ("Le livre du Verger"), commentaire sur des parties du Pentateuque d'après quatre niveaux de sens. • Tappouhé Zahav ("Les pommes d'or"), commentaire sur la prière. D'autres écrits, aujourd'hui perdus, ont été mentionnés par d'autres auteurs : un Commentaire sur le Cantique des Cantiques, une polémique contre les karaïtes. C. M. ________________________________________
Zohar (Livre de la Splendeur). Oeuvre théosophique écrite en araméen dans la Castille de la fin du XIIIe siècle. Pseudépigraphe attribué à rabbi Siméon ben Yohaï (fin du Ie et début du IIe siècle), il paraît avoir été rédigé par Moïse ben Chem Tov de Léon ou un par un autre membre de l'Ecole théosophique castillane à laquelle il appartenait. Cet ouvrage assez volumineux (environ deux mille pages), reflète les conceptions des cabalistes espagnols du XIIIe siècle appartenant au courant théosophique et théurgique, par opposition aux cabalistes prophétiques et extatiques dont Abraham Aboulafia fut le chef de file (suivant la classification mise en vogue par Moshé Idel). L'autorité et le prestige de ce livre qui se présente comme un commentaire (midrach) sur le Pentateuque et sur les cinq Rouleaux (en fait seulement du Cantique des Cantiques, de Ruth, des Lamentations) furent si grands qu'il devint la Bible de la cabale. Regardé comme un Livre saint du judaïsme, il passionna de nombreux érudits chrétiens de la Renaissance qui crurent y découvrir l'enseignement adamique primordial qui inspira la philosophie de Platon et les religions monothéistes. Oeuvre littéraire composite, puisqu'il comprend, outre le commentaire biblique, une série de traités (Livre du mystère, Grande et Petite Assemblée, Midrach ésotérique, Secrets des Lettres, Secret des secrets sur la physiognomonie, etc.), il est écrit dans un style assez inégal, mais qui est souvent celui de l'emphase mystique, de la poésie religieuse la plus élevée, de l'exaltation devant les mystères de l'univers. Son contenu doctrinal et philosophique est une sorte de néoplatonisme adapté à la tradition rabbinique, transformé, parfois renversé, pour qu'il serve à la description des dix sefirot, les degrés de manifestation de la divinité, qui sont perçues comme des réalités vivantes et parfois dotées d'une certaine personnalité. Les événements relatés par l'histoire biblique sont interprétés comme les symboles d'événements ayant lieu dans le monde divin, et les personnages de l'histoire sainte deviennent des figures quasi mythiques. Cette théosophie complexe et riche, dans laquelle domine la peinture de structures intradivines bipolaires masculines et féminines et de leurs relations, est liée à une conception de la pratique religieuse qui lui prête un pouvoir théurgique immense. Ainsi, le juste, figure idéale de l'homme pieux et fidèle, est capable par son action ici-bas et ses prières, d'unifier les composantes du monde divin (les sefirot), d'éveiller les puissances divines et de les renforcer, de changer le cours des choses, aussi bien en Dieu même que dans les régions inférieures du cosmos. Mais le Dieu qui se révèle dans ses sefirot n'est que l'émanation d'un principe caché et indicible appelé Eyn Sof (Infini), qui demeure hors de portée des croyances et des pensées, et dont la surabondance nourrit d'être tous les univers qui n'existent que parce qu'il épanche en eux ses influx vivifiants. Aucune édition critique à ce jour, hormis un court chapitre sur le mystère des lettres publié par Stephen G. Wald : The Doctrine of the Divine Name, An Introduction to Classical Kabbalistic Theology, Brown Judaic Studies, 149, Atlanta, 1988. C. M. ________________________________________
Abraham Aboulafia. Voir la page qui lui est consacrée ________________________________________
Elia Benamozegh Voir la page qui lui est consacrée ________________________________________
Moïse Cordovéro. Rabbin et cabaliste qui vécut à Safed, en Haute Gallilée (1522-1570). Auteur d'une oeuvre considérable qui compte plus de quinze mille pages d'écritures serrées, c'est l'un des plus grands théoriciens systématique de la cabale espagnole après l'Expulsion (1492). Outre une très solide formation dans les sciences classiques du judaïsme (Bible et Talmud), marquée par son accession très précoce au rang de décisionnaire de la Loi, il commença à étudier la philosophie de Maïmonide mais s'en détourna, vers l'âge de vingt ans, pour se consacrer totalement à l'apprentissage puis à l'enseignement de la cabale qu'il découvrit grâce à l'enseignement de son maître et futur beau-frère, R. Salomon Halévy Alkabetz. Il fonda une école et eut de nombreux disciples, parmi lesquels Isaac Louria et Hayim Vital, Mordekhaï Dato, Elie Da Vidas. Le chef du judaïsme italien de l'époque, Menahem Azaria de Fano, peut être considéré également comme l'un de ses disciples, au moins à travers ses écrits. Sa contribution au renouveau de la théosophie juive et à l'approfondissement spéculatif de ses doctrines fut de première grandeur et eut un impact considérable. Il mit en valeur la nature paradoxale de toute manifestation du divin à l'extérieur de lui-même, qui équivaut toujours à une forme d'occultation. Son oeuvre la plus célèbre, le Pardés Rimonim (Le verger des grenadiers) est à la fois une présentation didactique de la cabale et un essai pour résoudre les contradictions apparues au cours de son histoire entre les différentes écoles qui s'en réclamaient. Il rédigea un commentaire du Zohar intitulé Or Yaqar (La lumière précieuse) qui est un monument gigantesque construit autour de la Bible des cabalistes (une trentaine de volumes, en cours de publication). Son oeuvre de maturité, le Elimah Rabbati, n'a été publiée que partiellement, mais de récentes découvertes de manuscrits de plusieurs parties inédites devraient permettre d'en connaître un plus vaste ensemble. Il expose la signification éthique de la doctrine des sefirot (émanations) dans un petit traité, le Palmier de Débora, qui faisait originellement partie du Elimah mais en fut séparée par la suite. La pensée de Cordovéro se distingue par la recherche explicite de l'intelligibilité des sources littéraires et des motifs de la cabale. Il tente d'appliquer la méthode discursive utilisée dans l'étude du Talmud pour scruter les propos de ses prédécesseurs et lever les contradictions entre leurs affirmations. Tout en étant l'un des représentants majeurs d'une cabale intellectualiste et spéculative, il est aussi un mystique qui expérimente les diverses pratiques extatiques et prophétiques et en particulier celles qu'avait prônées Abraham Aboulafia. Il inscrit dans un petit ouvrage le résultat de ses “exils” volontaires dans la campagne, où, avec son maître et ami Salomon Alkabetz, il pratique la libre association d'idées dans le but de recevoir des messages et des enseignements du monde céleste (Sefer Guirouchin), essentiellement des exégèses spontannées et inspirées de versets de l'Ecriture. La doctrine de Cordovéro joua aussi un très grand rôle dans le développement du Hassidisme. Aucune édition critique de ses oeuvres n'a encore vu le jour, mise à part des extraits conséquents de certains chapitres publiés par Bracha Sack. C. M.
________________________________________
Joseph Caro. Rabbin, législateur et mystique d'origine espagnole (1488-1575), émigré à Safed (Haute Galillée) après l'Expulsion de 1492. Il dispensa dans cette ville sous domination ottomane un enseignement en matière de droit religieux juif à des disciples dont certains devinrent des personnalités importantes comme R. Moïse Cordovéro. Il y exerça aussi des fonctions de juge. Il est surtout connu comme l'auteur d'un Code de lois religieuses, civiles et pénales, le Choulhan Aroukh (La table dressée), qui devint le canon légal du judaïsme aussi bien en Orient qu'en Occident et dont l'autorité est encore actuelle. Il donna naissance à une riche littérature juridique et de plusieurs actualisations et abrégés. Mais son oeuvre la plus volumineuse est un imposant commentaire sur le Code de Maïmonide (Michné Torah), intitulé La Maison de Joseph (Beit Yossef). Il rédigea aussi un journal mystique, le Maguid Mécharim (Le guide de réctitude), dont la paternité qui fut un temps consteté ne fait plus de doute aujourd'hui. Dans ce journal, R. Joseph Caro a consigné ses entretiens avec son Magguid, un mentor angélique, personnification de la Michnah, qui lui parlait à travers sa propre voix et lui enseignait les mystères du monde céleste, le renseignait sur l'origine de son âme, son avenir personnel, et orientait son itinéaire mystique en lui conseillant des ascèses, un régime alimentaire strict, et des lectures fréquentes du Zohar. C. M. ________________________________________
Luzzatto, Moïse Hayim. Cabaliste, théologien, moraliste, exégète, logicien, poète et dramaturge juif italien né à Padoue (1707) et mort à Saint-Jean d'Acre (1747). Il renouvela la langue hébraïque et produisit les premières oeuvres littéraires hébraïques modernes. En tant que cabaliste, il s'illustra par ses interprétations spéculatives de la doctrine d'Isaac Louria. Il écrivit plusieurs oeuvres mystiques sous la dictée d'un guide céleste (Maguid) dont il recevait les révélations. Très jeune encore, il prit la tête d'un cercle de disciples padouans qui étudiaient le Zohar sous sa direction et pratiquaient des exercices spirituels destinés à hâter la Rédemption. Accusé par les autorités religieuses d'Italie de promouvoir une doctrine hérétique, il fut contraint de retirer ses écrits de la circulation et de s'exiler à Amsterdam, où il écrivit Le sentier de rectitude (Messilat yécharim), traité de morale ascétique et mystique qui eu une très grande popularité et que l'on considère comme un classique inégalé de la littérature juive dans ce domaine. Il rédigea encore des traités de rhétorique et de physique, une introduction à l'étude du Talmud et à son système de raisonnement, une histoire d'Israël abordée sous un angle théologique, et une défense de la cabale contre ses détracteurs du camp de la philosophie intitulé Le philosophe et le cabaliste (Hoqer ou-Meqoubal). Il dut encore s'exiler, à cause d'un anathème jeté sur son enseignement et son oeuvre par les rabbins de Venise, et partit en Terre Sainte en 1743 où l'on perd sa trace. C. M.
________________________________________
Hayim de Volozhyn. Talmudiste et cabaliste lithuanien (1759-1821). Disciple du prestigieux Gaon Elie de Vilna, il joua un rôle de premier plan dans la vie juive d'Europe orientale. Il fonda en 1802 une Yéchiva, ou Académie talmudique, dans la ville de Volozhyn où il était rabbin depuis l'âge de vingt-cinq ans, bien qu'il tirât ses revenus d'une activité commerciale. Cette Académie devint le modèle de nombreux centres d'étude juive qui se créèrent à son exemple et elle forma les maîtres et rabbins les plus importants du siècle. R. Hayim introduisit une nouvelle atmosphère au sein de ces études austères, en mettant l'accent sur la puissance cosmique de l'étude de la Torah qui devait se dérouler de manière ininterrompue, les élèves se relayant jour et nuit pour qu'elle ne cesse pas. Bien que l'enseignement fut l'activité principale de R. Hayim, il connut la célébrité en tant qu'écrivain en rédigeant L'âme de la vie (Nefech ha-Hayim), dont il n'autorisa la publication qu'après sa mort. Il fut l'auteur aussi d'un commentaire sur le Traité des Pères (Pirqé Avot), intitulé L'Esprit de vie (Rouah Hayim). Il écrivit aussi des responsa d'ordre juridique. Il consacra beaucoup d'efforts à lutter contre le Hassidisme, mouvement piétiste juif qui mettait l'accent sur les prières et l'extase mystique, en montrant que l'étude intellectuelle de la Torah et du Talmud est en soi l'union mystique la plus authentique et la plus élevée. C. M. ________________________________________
Isaac Louria. Surnomé saint Ari (le saint Lion). Cabaliste égyptien d'origine allemande ou polonaise, né à Jérusalem en 1534, mort à Safed en 1572. Il perdit son père à l'âge de huit ans et fut élevé par sa mère auprès de laquelle il demeura le reste de ses jours. Il s'installa tardivement à Safed (Haute Gallilée) mais il y exerça une influence considérable. Figure dominante de la cabale théosophique après l'Expulsion des Juifs d'Espagne (1492), il est l'auteur indirect d'une oeuvre immense qui s'imposera peu à peu comme la version la plus achévée de la doctrine ésotérique juive. Il ne rédigea lui-même que quelques rares commentaires, mais ses disciples, parmi lesquels Hayim Vital, couchèrent ses enseignements oraux sur le papier. Considéré comme un personnage visité par l'Esprit Saint et le prophète Elie, il était capable de percevoir l'origine de l'âme de ses interlocuteurs, ses migrations lors de ses vies antérieures, et il pouvait prescrire les "réparations" nécessaires au salut définitif de leur âme. De son propre aveu, sa prodigieuse fécondité intellectuelle l'empêcha de figer par écrit le flot de pensées qui jaillissaient sans cesse de son âme. De nombreuses légendes hagiographiques circulèrent très tôt sur son compte et certains le reconnurent comme un précurseur du Messie. Sa doctrine théosophique prodigieusement complexe et riche fut exposée dans L'arbre de Vie ('Ets Hayim) par Vital. C. M.
A lire :
________________________________________
Hayim Vital. Cabaliste et mystique d'origine italienne, né à Safed en 1542 et mort à Damas 1620. Ecrivain prolifique, on lui doit entre autre la version principale de la doctrine de son maître Isaac Louria, consignée dans L'Arbre de Vie ('Ets Hayim). Mais il fut d'abord le disciple du cabaliste Moïse Cordovéro. Il passa deux ans à l'étude de l'alchimie puis reçut l'ordination de rabbin à Jérusalem et il exerça cette fonction dans cette ville puis à Damas. Il souffrait d'une maladie nerveuse qui lui imposait périodiquement des états dépressifs qu'il expliquait par la haute origine de son âme affectée par sa descente dans l'abîme de la matière. Il mêle dans ses oeuvres personnelles, parmi lesquelles Les portes de la sainteté (Cha'aré Qedoucha) occupe une place à part, la cabale théosophique des sefirot et la cabale extatique et prophétique d'Abraham Aboulafia. On lui doit l'une des rares autobiographies que des mystiques juifs aient laissée, le Livre des visions (Sefer ha-Hezionot), dans lequel il inclut surtout des récits et des témoignages de sa grandeur mais aussi la relation de ses rêves. Un volume de sermons sur des sujets exotériques et de cabale populaire a été préservé en manuscrit. Il est aussi l'auteur d'un Livre d'astronomie (Sefer ha-Tekhouna). Il écrivit un commentaire du Zohar et un commentaire sur la Bible, qu'il intégra dans son grand ouvrage, L'Arbre de la connaissance ('Ets ha-da'at), mais ce qu'il nomme le "sens littéral" et le "sens allusif" dans cet ouvrage, est en fait le sens ésotérique de la cabale classique. On lui doit aussi un traité de morale, Le coeur de David (Lev David). C. M. ________________________________________
Joseph Gikatila. Cabaliste castillan né à Medinaceli en 1248, mort vers 1325. Il vécut de nombreuses années à Ségovie et entre 1272 et 1274 il étudia la cabale des lettres sous l'égide de R. Abraham Aboulafia qui le considérait comme son meilleur élève. Il peut être considéré comme l'un des écrivains les plus doués de son temps. Son premier ouvrage, Le jardin du noyer (Guinat Egoz), publié en 1615, porte la marque de cet enseignement. Il combine la mystique symbolique de l'alphabet hébreu et des point-voyelles, des spéculations sur les noms divins, avec une doctrine des sefirot (les dix nombres primordiaux du Livre de la Création) de type philosophique, qui les identifie avec les "Intelligences" de l'aristotélisme de Maïmonide. On lui doit un commentaire mystico-philosophique sur le Guide des Egarés, un commentaire sur le Cantique des Cantique et sur la vision d'Ezéchiel ainsi que des poèmes mystiques. Il est l'auteur d'un nombre importants d'ouvrages et d'opuscules consacrés aux diverses branches de la cabale. Dans un deuxième temps, il épousa la cause de la cabale théosophique, celle que l'Ecole du Zohar et Moïse de Léon diffusèrent avec brio. Il rédigea dans la veine de ce courant Les portes de la justice (Cha'aré Tsedeq), publié en 1559, qui explique le système des sefirot, et surtout Les portes de la lumière (Cha'aré Ora) qui devint un grand classique. Traduction anglaise : Gates of light = Sha'are orah, San Francisco, HarperCollins, 1994. C. M.
A lire
| Shaaréi Orah - de Jospeh Gikatilla - traduit et annoté par Georges Lahy (Virya)
"Les Portes de la Lumière" est une encyclopédie kabbalistique des Noms divins et une étude mettant en évidence l’intime liaison entretenue par les mots de la Bible et les Noms de Dieu. L’auteur, Joseph Gikatila, dépouille les mots de leurs significations extérieures pour en révéler le Sod, l’herméneutique. Ce livre est divisé en dix portes, ou chapitres, décrivant très précisément la manifestation dans le monde des dix Séfiroth, à travers les Noms divins qui leurs correspondent et leurs attributs révélés. Rabbi Joseph ben Abraham Gikatila, est né en 1248 en Castille et est mort vers 1325. Auteur de nombreux ouvrages développant une approche systématique du langage mystique.
“Les Portes de la Lumière” est une encyclopédie kabbalistique des Noms divins et une étude mettant en évidence l'intime liaison entretenue par les mots de la Bible et les Noms de Dieu. L'auteur, Joseph Gikatila, dépouille les mots de leurs significations extérieures pour en révéler le Sod, l'herméneutique. Bien que la Kabbale soit une discipline ésotérique hermétique, Joseph Gikatila rend les concepts kabbalistiques accessibles et offre un travail clair, systématique et détaillé. Ce livre est divisé en dix portes, ou chapitres, décrivant très précisément la manifestation dans le monde des dix Séfiroth, à travers les Noms divins qui leurs correspondent et leurs attributs révélés. Dans le Kabbale des Portes de la Lumière, les aspects de Dieu émanent d'une hiérarchie entrelacée de dix Séfiroth connectées par des canaux qui peuvent être détériorés ou réparés par l'activité humaine. La lumière de chacune de ces Séfiroth, étant inconnaissable et inaccessible, doit s'envelopper de noms et d'attributs capables de la définir. Ainsi, une Séfirah s'enveloppe d'un Nom divin, qui lui-même impénétrable s'enveloppe d'attributs se contenant mutuellement et de surnoms, pour arriver finalement à de simples mots de la Bible. Rabbi Joseph ben Abraham Gikatila, est né en 1248 dans la ville de Medinaceli en Castille et est mort vers 1325. Auteur de nombreux ouvrages développant une approche systématique du langage mystique, il fut influencé par deux de ses maîtres : Rabbi Baroukh Togarmi et Rabbi Abraham ben Samuel Aboulafia, fondateur de la Kabbale extatique. Ce dernier reconnut dans Joseph Gikatila son disciple le plus brillant. | ________________________________________
Méir ibn Gabbay. Cabaliste constantinopolitain né en Espagne en 1480, mort à Magnésie vers 1543. Il subit dans son enfance le traumatisme de l'Expulsion des Juifs d'Espagne (1492), et il s'installa dans l'Empire ottoman. Il fut membre du tribunal rabbinique de Tire autour de 1516. Il connut dans sa jeunesse de nombreuses difficultés matérielles. Il est l'auteur de trois ouvrages qui jouirent d'une audience assez large. Le Vermisseau de Jacob (Tola'at Ya'aqov), écrit en 1507 est consacré à l'étude des prières et des rites cultuels dont la signification mystique et le pouvoir théurgique sont systématiquement dégagés ; Le chemin de la foi (Derekh émouna), écrit en 1539, se présente comme un commentaire du Portique du Questionneur (Cha'ar ha-Choel) de R. Azriel de Gérone, un cabaliste du XIIe siècle, et il dépeint de façon didactique le système des dix sefirot ou émanations ; Le culte sacré ('Avodat ha-Qodech), son oeuvre majeure, écrit en 1531. Ce cabaliste recueille dans ses oeuvres la majeure partie des grandes élaborations cabalistiques de ses prédécesseurs espagnols, dont il fut l'un des principaux représentants parmi les exilés. Mais l'intérêt de ses écrits ne se limite pas à leur caractère encyclopédique. Sa virtuosité littéraire et son sens aigu de l'exactitude conceptuelle font de lui un interprète classique de la théosophie juive espagnole dont il a souligné la pleine intégration au sein du judaïsme rabbinique. C. M.
|